Le poisson castor à gauche et le lépisosté à droite

Poisson castor en haut et lépisosté ci-dessus.

POISSONS PRÉHISTORIQUES

Par Alain Cossette

Deux poissons méconnus à découvrir!

Le poisson castor et le lépisosté osseux : qui sont-ils?

Et oui… au Québec nous avons la chance d’avoir ces deux poissons préhistoriques que sont le Poisson castor (Amia calva) et le Lépisosté osseux (Lepisosteus osseus) et en plus ce sont des espèces qui offrent de belles opportunités de pêche. Il n’en tient qu’à chacun de vous de les découvrir.

Ces deux espèces sont présentes depuis 60 à 70 millions d’années; ce qui n’est pas peut dire. On peut facilement leur attribuer l’étiquette de fossiles vivants. Pour ce qui est du poisson castor il existe même des fossiles de ses ancêtres qui datent de l’ère jurassique; ce qui équivaut à plus de 135 millions d’années.

Ces espèces, provenant directement de la préhistoire, ont une vessie natatoire qui ressemble à un poumon primitif. Leurs vessies natatoires se sont modifiées en vessies gazeuses; l’épithélium s’y est soulevé en replis richement vascularisés et grâce à cette particularité ils peuvent respirer l’air à la surface via leurs narines au bout du museau. Ainsi elles peuvent vivre dans les eaux stagnantes et peu oxygénées. Il semblerait qu’elles peuvent survivre de trois à cinq jours hors de l’eau à l’ombre.

Ces deux survivants du passé possèdent des plaques osseuses; on les retrouve sous les robustes écailles du lépisosté, ce qui lui a valu le surnom de poisson armé. Quant au poisson castor, sa tête est cuirassée de longues plaques osseuses et sachez qu’il est la seule espèce de poisson à posséder une plaque osseuse sous la mâchoire.

Distribution

Ces 2 espèces sont indigènes en Amérique du Nord et particulièrement dans la moitié est. Au Canada on les retrouve dans le bassin hydrographique des Grands Lacs en Ontario; à l’exception du Lac Supérieur. Leur distribution est dans le sud-ouest du Québec; entre-autre dans le Fleuve St-Laurent, le Lac St-Pierre, la Rivière Richelieu, le Lac St-Louis, le Lac des Deux-Montagnes, le Lac St-François et la Rivière des Outaouais.

Le poisson castor est le seul membre de sa famille; soit celle des amidés. Contrairement à la famille des lepisosteidae qui regroupe 7 espèces dont 2 se retrouvent au Canada. En effet l’Ontario compte sur une deuxième espèce de cette famille; soit le lépisosté tacheté qui malheureusement est inscrit sur la liste des espèces vulnérables. On le distingue par son museau plus court et plus large. Quant à l’espèce la plus grosse de cette famille il s’agit du poisson alligator que l’on retrouve aux États-Unis et en Amérique centrale; il peut atteindre les 148 kg.

Le lépisosté tacheté est une espèce rare qui vit en Ontario au Canada.

Je ne pouvais pas passer sous silence que ma fille Anaïs a eu la chance de ferrer une des sept espèces de lépisosté; soit le lépisosté de Floride. Malheureusement ce dernier s’est décroché en le sortant hors de l’eau et il est tombé dans le bassin où elle l’avait capturé. Je ne pense pas qu’il est nécessaire de mentionner dans quel état américain cette capture a eu lieu; mais comme pêcheur j’aurais tellement aimé prendre une photo de ma toute jeune fille avec sa prise; elle avait 8 ans.

Habitat

On les retrouve majoritairement dans le même type d’habitat; soit dans les milieux herbeux, peu profonds, en eaux chaudes et marécageuses.

Habitat herbeux et peu profond typique du lépisosté osseux et du poisson castor.

Particularités du poisson castor

Crédit : DUANE RAVER/U.S. FISH AND WILDLIFE SERVICE

Je ne sais pas si c’est en raison du fait qu’il peut nager la tête hors de l’eau et que cette dernière est arrondie et massive ou c’est en raison de sa queue qu’on lui a attribué ce nom; mais bon, il reste qu’il y a des similitudes si on le compare à cette espèce animale la plus emblématique du Canada. Sa mâchoire est puissante et elle est constituée de dents pointues.

Sa nageoire dorsale est longue et unique alors que sa nageoire caudale est grande et arrondie. C’est par le point noir à la base du haut de sa queue et souvent entouré d’un halo de couleur orangée que l’on peut identifier un mâle.

Sa coloration varie du vert olive foncé à brunâtre; alors que la coloration de son ventre varie de la couleur crème à blanc. Le record de longévité serait de 30 ans. Sa longueur varie entre 45 et 60 cm et le plus gros spécimen capturé l’a été en Caroline du Sud, au lac Forest, et affichait un poids de 9,75 kg.

On ne peut passer sous silence la dévotion paternelle de ce poisson. C’est le père qui construit un nid dans le fond vaseux afin d’y accueillir une femelle qui veut bien y pondre ses œufs. Par la suite c’est lui seul qui veille sur les petits pour une période de 7 à 10 jours. La fraie a lieu vers le mois de juin.

Une autre particularité que j’ai pu observer lors de mon adolescence, après avoir trouvé un jeune spécimen près du pont Laviolette sur la rive sud, c’est un prédateur qui manque régulièrement ses proies. J’avais conservé ce spécimen dans un aquarium; mais sachez que je l’ai remis dans le fleuve quelques mois plus tard. Aujourd’hui, pour ceux qui ne le savent pas, légalement il n’est pas permis d’avoir des spécimens vivants en notre possession.

Particularités du lépisosté osseux

Le corps cylindrique du lépisosté est recouvert d’écailles épaisses et dures. Son museau est mince, très effilé, arrondi au bout et muni de toute une dentition; au nombre avoisinant les 1400 petites dents acérées. Les adultes ont une coloration variant du brun au vert foncé sur le dos et les flancs supérieurs alors que son corps est recouvert de taches surtout à partir des pelviennes vers l’arrière. Ses nageoires sont marquées de grands points foncés et il possède une nageoire dorsale unique.

Le record de longévité de ce dernier serait de 36 ans; les femelles peuvent vivre une vingtaine d’années alors que chez les mâles cette longévité est d’à peine une dizaine d’années. Sa longueur varie de 60 à 120 cm et le plus gros spécimen capturé l’a été sur la rivière Trinity, au Texas, avec un poids de 19,50 kg.

Contrairement au poisson castor, les œufs et les petits n’ont pas d’attention parentale. Malgré ce fait, le lépisosté osseux peut pondre dans les nids des achigans à petite bouche; ainsi cette dernière espèce va protéger les œufs du lépisosté et les siens pendant une certaine période. Les œufs sont toxiques pour les oiseaux, les mammifères et même pour l’être humain. La fraie a lieu vers le mois de juin.

La croissance des jeunes est fulgurante et elle peut être jusqu’à 6 fois plus rapide que toute autre espèce de poisson d’eau douce. Il faut savoir aussi que la croissance des femelles est plus rapide que celle des mâles.

Premier contact

Mon premier contact avec un poisson castor l’a été grâce au pêcheur commercial que je côtoyais régulièrement en me rendant le voir en chaloupe à rames lorsqu’il relevait ses verveux alors que j’avais 10 ans. Cette journée-là, il me faisait savoir qu’il venait de sortir un poisson peu ordinaire car il peut rester quelques jours en dehors de l’eau puisqu’il est en mesure de respirer à même l’air ambiant. Je me considérais chanceux d’avoir pu être en contact avec cette espèce. Quelques années plus tard ce poisson a constitué ma prise et même mon premier poisson lors d’une pêche à l’arc; le monsieur s’en souvient encore comme si c’était hier. En passant cette capture a eu lieu sur la rivière Godefroy au Centre du Québec et elle a fait l’objet d’une naturalisation de ma part.

Premier poisson castor capturé à l’arc par l’auteur. Le poisson fut naturalisé par celui-ci et donné à la Fondation héritage faune.

Pour ce qui est du lépisosté osseux j’ai eu la chance de récolter mon premier spécimen alors que je pêchais au vers de terre dans la rivière Acadie à la recherche du malachigan; cela est survenu en 1984. Plus tard je suis allé le pêcher à St-André-Est le long de la Rivière du Nord.

Que dire de la pêche

N’ayant plus d’embarcation, j’ai décidé d’aller pêcher ces fameuses espèces via l’intermédiaire d’un guide de pêche professionnel à la mi-juillet 2020. Je me suis mis à la recherche d’un guide et j’en ai trouvé un; soit Nicolas Gendron. Ce dernier est un spécialiste de l’achigan et il fait même des tournois aux États-Unis. Cette excursion s’est tenue au Lac St-François.

C’est en compagnie du guide Nicolas Gendron que l’auteur a capturé un poisson castor et 3 lépisostés osseux.

En arrivant sur place, ce dernier m’a fait savoir qu’il savait où ces deux espèces se tenaient et que c’était la première fois qu’il tentait l’expérience. Mon appel avait suscité le défi chez lui et il s’est entretemps informé sur les leurres à utiliser. Pour moi, le plus important c’était de maximiser cette pêche en se rendant à des endroits où leur présence était connue.

L’idéal pour maximiser la pêche à ces deux espèces est de les pêcher à vue; ce que j’ai pu pratiquer le 20 juillet 2020. J’avais 2 lignes, une avec un poisson odorant en plastique de 3 pouces muni d’un hameçon simple pour le poisson castor et une sans hameçon muni de fibres de type phentex d’environ neuf pouces utilisées pour le tricot. Il faut savoir que ces fibres s’entremêlent dans les dents effilées du lépisosté. Ayez toujours un couteau à proximité afin de libérer votre poisson de ces fibres.

Le lépisosté osseux se capture avec des fibres du genre phentex comme le démontre l’auteur sur la photo.

Pour la pêche vous pouvez utiliser un avançon d’acier ou en fluocarbone de 20 ou 30 livres. Vous pouvez aussi utiliser des petits poissons nageurs de 2 pouces ou des tubes bruns de trois pouces en plastique avec un hameçon; certains pêcheurs utilisent même des spinnerbaits. D’autres pêcheurs utilisent un flotteur muni d’un leurre afin qu’il reste le plus possible en surface. Je profite de ce moment pour dire que de nombreux pêcheurs pêchent le lépisosté à la mouche.

À l’époque beaucoup de pêcheurs utilisaient des poissons appâts pour tenter de déjouer ces deux espèces; aujourd’hui c’est interdit.

Cette journée-là, le premier poisson que nous avons aperçu a été un poisson castor et heureusement mon tir a été parfait; juste devant sa tête. J’ai attendu un peu et j’ai ferré…Yahoo! Je l’ai eu. Heureusement puisqu’il a été le seul que nous avons vu. Mon super guide était très heureux de cette réussite. Par la suite on a eu la chance de capturer 3 lépisostés osseux. Ces souvenirs sont marqués à jamais dans ma mémoire; réussir à déjouer ces deux espèces lors d’une même sortie de pêche.

Avec les antécédents de passionné de l’achigan de notre guide, en fin de pêche, nous n’avons pu résister à l’envie d’en capturer quelques-uns en faisant de la remise à l’eau. Nicolas Gendron est un vrai professionnel.

Souvenez-vous que vous devez couvrir passablement de territoire si vous pêchez à vue; mais quant à moi c’est la meilleure manière de procéder.

Selon l’auteur la pêche à vue demeure la meilleure méthode pour capturer le poisson castor et le lépisosté osseux.

Et la chair…

À mon humble avis, tous les poissons se mangent mais il reste que chaque espèce a ses particularités au niveau gustatif. Lorsque je regarde la morphologie d’un lépisosté osseux je constate qu’il y a peu de filet à en retirer. Selon mes lectures il semble que la chair de ces 2 espèces soit fade. Par contre, j’ai aussi lu que les œufs du poisson castor sont bons à manger mais soyez avisé qu’il en est tout autrement pour le lépisosté car ses œufs sont venimeux pour l’homme.

Conclusion

Que de beaux souvenirs je me suis rappelé en écrivant cet article. Si vous connaissez des pêcheurs d’achigan ces derniers pourront vous informer des endroits où les apercevoir. J’espère que vous en avez appris plus en lisant ce texte et j’espère que ce dernier vous a donné le goût de tenter l’expérience en regard de ces 2 espèces peu connues…Bonne pêche!

L’auteur avec un poisson castor capturé en 2020. Remarquez la plaque osseuse sous sa mâchoire.

Retour en haut