Le maskinongé-tigre!
Avez-vous déjà attrapé un brochet présentant un motif de couleur que vous n’aviez jamais observé aupravant? Peut-être étiez-vous en présence d’un maskinongé-tigre, ou si vous préférez d’un «tiger-musky».
Comme vous l’avez probablement deviné, en raison de leurs similitudes considérables, le brochet et le maskinongé appartiennent à la même famille et peuvent dans certains cas s’hybrider pour donner naissance à un descendant mi-brochet, mi-maski ; c’est cet hybride que l’on appelle couramment le tigre. Cette hybridation engendre un poisson trapu et court, marqué par des bandes distinctes rappelant celles du tigre, d’où son appellation. Bien que le motif de coloration soit plus caractéristique du maskinongé, la forme des nageoires s’aligne parfaitement avec celle du grand brochet, qui est plutôt arrondie.
Pour le pêcheur, l’une des particularités les plus captivantes de ce poisson est sa forte combativité qui le transforme en un adversaire encore plus palpitant que ses congénères. Par ailleurs, le maskinongé-tigre a une croissance rapide, présente une résistance accrue à la pollution et supporte mieux les dommages liés à sa remise à l’eau.
Toutefois, il faut reconnaître que les maskinongés-tigres ne sont pas courants au Québec. Si l’occasion se présente de vous confronter à l’un d’eux, soyez certain qu’il s’agit d’un hybride naturel. Effectivement, à la différence de certaines pratiques aux États-Unis, notre province ne procède pas à l’ensemencement de ce poisson dans nos eaux.
Cette rareté est naturellement attribuée au fait que les brochets se reproduisent bien avant les maskinongés, généralement plus tôt au printemps. De ce fait, les probabilités que les parents des deux espèces se retrouvent à frayer simultanément pendant la saison de reproduction sont assez limitées. Par ailleurs, lors des moments rares où un brochet mâle féconde les œufs d’une grande femelle maskinongé, par exemple, la chance que les petits résultant de ce mélange parviennent à l’âge adulte est très minime.
Effectivement, pour ce qui est des ésocidés, il est habituel que moins de 0,5 % des œufs pondus donnent naissance à des juvéniles. Si l’on considère par la suite le taux de mortalité durant leur première année, on constate tout de suite que leur taux de survie est extrêmement bas. Heureusement, les ésocidés sont très prolifiques quant au nombre d’œufs qu’ils pondent…
On peut bien sûr espérer croiser un maskinongé-tigre là où les deux espèces cohabitent. Le fleuve Saint-Laurent et ses élargissements de même que le lac des Deux-Montagnes et les rivières des Prairies, des Mille-Îles et des Outaouais, sont tous des sites prometteurs pour la capture du «tigre». Même sur quelques petits lacs intérieurs où coexistent ces deux espèces, vous pourriez être agréablement surpris.
A : maskinongé-tigre
B : grand-brochet
Crédit illustrations : Ministère des ressources naturelles de l’Ontario

