CANARDS DE CHAMP
Par
François Lévesque
Chassez les étangs spontanés
La découverte de champs chassables fréquentés par les canards barbotteurs est devenue difficile de nos jours.
D’abord, la fluctuation du prix des céréales semble, depuis quelques années, favoriser les cultures comme le soja ou encore le blé, des céréales moins favorables aux anatidés.
Le blé, comprenez-moi bien, est une céréale qui attire au plus haut point les colverts et bien d’autres barbotteurs mais, en raison de l’augmentation des températures sur notre planète, ces céréales sont coupées de plus en plus tôt en saison. Ainsi, dans mon secteur de chasse, l’avoine était normalement récoltée vers la fin du mois d’août alors que j’ai vu des champs être battus aussi tôt qu’à la fin du mois de juillet cette année. Le résultat: à l’ouverture de la chasse au canard, les cultures ont soit repoussés trop haut (les canards ne veulent pas se poser dans l’herbe trop longue car un prédateur pourrait s’y cacher) ou encore labourés ou brulés à l’herbicide (Round up), quand ils ne sont pas carrément recouverts d’une épaisse couche de lisier. Plus souvent qu’autrement, ces champs sont chassables pendant environ 10 jours, le temps que le cultivateur fasse ses devoirs. Le problème est que cette dizaine de jours survient bien avant la date de l’ouverture de la chasse.
Ces travaux de labourage aux champs survenaient normalement en septembre dans ma jeunesse, c’est vous dire! Les cultures de maïs grain subissent le même sort, à telle enseigne que c’est en octobre et en novembre que le problème se manifeste.
Il est donc difficile de trouver un champ renfermant suffisamment de nourriture pour abriter des canards à l’ouverture et même en novembre car les céréales sont épuisées et le maïs grain n’est souvent pas encore récolté, quoi que ce phénomène tende à s’estomper lui aussi en raison des changements climatiques. J’ai vu cette année des champs de maïs ensilage coupés aussitôt que la première semaine de septembre et l’an dernier du maïs grain récolté en décembre!
Les canards se nourrissent heureusement d’une grande variété d’aliments (outre les céréales) comme des insectes, des invertébrés, des racines diverses bref, une foule de choses qui abondent dans les étangs spontanés qui se créent chaque automne dans les champs agricoles de la plaine du Saint-Laurent.
Les étangs spontanés sont des espaces creux situés dans les champs agricoles et qui se remplissent d’eau lorsque la météo affiche de la pluie pendant quelques jours (voir photo ci-dessous).
Un étang spontané formé en plein milieu d’un champ agricole.
Ces étangs spontanés se forment la plupart du temps vers le milieu d’octobre mais il arrive fréquemment que la pluie favorise leur création en septembre et c’est à ce moment que le sauvaginier dont les champs sont en apparence déserts peut en profiter. L’intérêt de ces champs pour les anatidés est double: l’eau procure une certaine sécurité aux canards en créant une barrière physique entre eux et les prédateurs terrestres (coyotes, renards, chiens etc.) et devient un milieu favorable au développement de toutes sortes d’invertébrés, qui occupent une part importante dans la diète des canards. En effet, ces étangs spontanés constituent un milieu propice au développement de limaces, de larves d’insectes divers allant des escargots aux araignées.
Les étangs spontanés constituent un milieu propice au développement de limaces, de larves d’insectes divers allant des escargots aux araignées.
Les chasser
Les étangs spontanés sont faciles à repérer et se créent souvent aux mêmes endroits, année après année. Ils disparaissent malheureusement aussi rapidement qu’ils sont apparus lorsque le cultivateur se décide et draine finalement son champ. Ces étangs causent des pertes aux agriculteurs car ils les contournent souvent avec la machinerie pour éviter de s’enliser et cela laisse libre cours à la pousse de plantes aquatiques comme les quenouilles, l’alpiste roseau ou encore le phragmite. Or, si vous y repérez des canards, soyez assuré qu’ils sont à cet endroit pour un bon bout de temps vu la productivité de ces espaces humides.
Exemple d’étang spontané contourné par le semoir et la batteuse.
Ces endroits contournés par la machinerie et où la pousse de végétation aquatique a débuté sont parfaits pour y chasser. En effet, les caches que vous voudrez utiliser se mêleront plus facilement au décor si elles sont installées dans la végétation qui entoure naturellement les lieux, comme sur l’exemple ci-bas (voir photo ci-dessous). Et plus les étangs sont là depuis longtemps, plus il y a de végétation et de nourriture.
Les endroits contournés par la machinerie et où la pousse de végétation aquatique a débuté sont parfaits pour y chasser
Il est sage de vous installer avec une cache déjà préparée et végétalisée mais n’hésitez pas à prélever des herbes sur place afin de bien fondre votre installation dans le décor. Vous prendrez bien-sûr soin de ne pas trop dénaturer l’endroit en ce faisant. La cache montrée sur l’image ci-haut est presque complétée et il n’y manque que l’ajout de végétation plus pâle en surface afin de bien la confondre avec le sol et l’arrière-plan constitué de quenouilles séchées.
La chasse sur les étangs spontanés n’a rien à voir avec une chasse à la passée. Vous êtes directement situés sur le site nourricier (le X si vous préférez). Ainsi, l’installation d’une trentaine d’appelants est largement suffisante pour placer les canards plutôt que pour les attirer.
Il est sage de vous installer avec une cache déjà préparée et végétalisée mais n’hésitez pas à prélever des herbes sur place afin de bien fondre votre installation dans le décor. Vous prendrez bien-sûr soin de ne pas trop dénaturer l’endroit en ce faisant. La cache montrée sur l’image ci-contre est presque complétée et il n’y manque que l’ajout de végétation plus pâle en surface afin de bien la confondre avec le sol et l’arrière-plan constitué de quenouilles séchées.
La chasse sur les étangs spontanés n’a rien à voir avec une chasse à la passée. Vous êtes directement situés sur le site nourricier (le X si vous préférez). Ainsi, l’installation d’une trentaine d’appelants est largement suffisante pour placer les canards plutôt que pour les attirer.
Pas besoin d’utiliser un grand nombre d’appelants lorsqu’on chasse les étangs spontanés.
La distinction entre attirer et placer est importante. Essayez toujours de placer votre cache de manière à avoir le vent sur une de vos joues lorsque vous y êtes installé et que vous regardez vers l’avant. Ainsi, pour une cache qui fait face au nord, le vent devrait venir de l’est ou de l’ouest, et non du sud ou du nord, de manière à faire atterrir les canards de côté devant vous. Avoir le vent de face va rendre le tir plus difficile car les canards finiront dans les appelants en arrivant dans votre dos et s’éloignant de vous vers le centre de la masse, ce qui donnera un tir de cul souvent difficile à exécuter proprement.
Vous installer vent de dos provoquera l’effet inverse et les canards rentreront directement face vers vous, ce qui leur donnera amplement de temps pour percevoir les défauts de la cache, un copain qui bouge ou l’amas de douilles hors de la cache. Il vaut donc mieux placer de côté les canards qui arrivent au plan et quelques appelants suffisent pour cette tâche. Mettez tout simplement la masse en haut du vent, soit légèrement déportée sur votre droite pour un vent qui vient de la droite et légèrement vers la gauche pour un vent qui vient de la gauche.
Belle chasse de canards au champ réalisée près d’un étang spontané.
Au contraire, si des canards volent dans le coin mais qu’aucun ne semble fréquenter l’étang, deux solutions s’offrent à vous: sortez absolument tous les appelants que vous possédez ou allez chasser ailleurs. Les canards sont difficiles à faire changer d’idée et il faut sortir le grand jeu pour l’occasion.
Lors de cette chasse, comme la plupart des chasses sur les sites nourriciers, vous appelez très peu. Les canards vont faire peu de tours et rentrer assez directement au plan, surtout s’ils fréquentent l’étang depuis quelques jours. La règle générale est à l’effet que plus de canards fréquentent un endroit depuis longtemps sans anicroche, plus ils entrent confiants au plan.
Les armes
Vous devrez effectuer la plupart du temps des tirs rapprochés sur des canards compromis. Une cartouche d’une longueur maximale de trois pouces avec des billes de grosseur numéro 4 fera amplement le travail. Vu la facilité de tir, c’est souvent dans ce genre de chasse que je sors mon superposé.
Comme la chasse en étangs spontanés permet la plupart du temps des tirs sur des canards à courte distance, l’auteur aime bien utiliser son fusil superposé qui lui offre aussi l’avantage de pouvoir utiliser deux types d’étranglements.
J’y installe un étranglement SK (Skeet) pour le canon du haut (premier coup) et IC (Cylindre amélioré ou Improved Cylinder) pour le canon du bas afin d’avoir un groupement plus serré vu la distance probablement plus grande entre le canon et le gibier lors du deuxième coup de feu. À ne pas oublier dans votre choix d’étranglement, la gerbe perd en force à mesure qu’elle s’éloigne et s’élargit. Vous utiliserez donc des étranglements plus conséquents si vous chassez ces étangs à la passée (flyway) ainsi qu’une bille plus grosse (numéro 2 ou BB).
Je suis un fanatique du calibre 12 vu la plus grande variété de charges que l’on retrouve dans ce calibre mais, si vous avez des calibres 16 ou 20 dans votre collection, il peut s’agir d’une belle occasion d’en profiter si vous trouvez des munitions.
Conclusion
La chasse sur les étangs spontanés vous permet de profiter d’une chasse facile et agréable alors que vous n’avez pas de champ qui attire les canards en début et surtout en fin de saison. Ces endroits permettent une chasse rapide et des tirs rapprochés qui vous procureront des sensations fortes au moment où vous croyiez que tout était perdu.
Bonne saison!