CHRONIQUE

100% PASSIONNÉE

Par Marylin Soucy

Le trappeur doit s’adapter

Cette année sera différente pour moi sur l’un de mes sites de piégeage. De nos jours, le piégeage sert beaucoup plus pour la déprédation, le contrôle des populations et des maladies et pour le plaisir plutôt que pour faire de gros montant d’argent comme dans le passé. Moi c’est pour le plaisir de déjouer les canidés, pour profiter de la période hivernale, ainsi que pour aider les cultivateurs ou propriétaires terriens qui sont aux prises avec une problématique liée à un ou des animaux sauvages.

Dans ce cas-ci, ce terrain a toujours été «mon meilleur spot» pour le coyote.

Par sa localisation et l’abondance de nourriture, le secteur est excellent pour le canidé. Le secteur regorge de gélinottes huppées, de lièvres, de chats de ferme ainsi que d’autres petits mammifères desquels ils se nourrissent. Tranquillité et nourriture voilà la recette gagnante pour le coyote. Je débute habituellement ma saison de piégeage du canidé vers la mi-novembre. Trop tôt les fourrures ne sont pas du tout matures donc j’attends que le temps plus froid soit installé.

Cette année je devrai agir très tôt dès l’ouverture de la saison de trappe, car le propriétaire est pris avec un énorme problème de castor. À voir ce qui a été coupé comme arbres et la quantité, je pense qu’il y a deux générations de castor. Les parents et les bébés. De plus, cela concorderait avec le début du problème l’automne dernier. Il n’est pas rare que de jeunes castors (2 ans) lorsqu’ils se font pousser du nid familial, s’établissent dans des secteurs comme ça un peu à la va-vite à l’automne pour créer leur hutte, s’y établir et y avoir des petits par la suite. Ils bloquent les sorties d’eau et ainsi font monter le niveau de l’eau. 

Secteur inondé par les castors en région agricole.

Malheureusement l’an dernier, j’ai constaté la problématique trop tard et comme je trappe toujours seule, j’évite de circuler sur des étangs ou marais semi-gelés, le site étant difficilement accessible avant la fin de saison au printemps, il m’avait été impossible de trapper les castors qui sont problématiques avant que la glace prenne.

Sur les photos, c’est assez dur de s’imaginer, mais en temps normal le ruisseau fait maximum 2 pieds de large par ½ pied de profond. Maintenant je dois y circuler en cuissardes car le secteur est inondé sur plusieurs mètres de largeur.

Dû à la longue durée depuis laquelle ils sont immergés dans l’eau, les arbres meurent tranquillement les uns après les autres, le sol déjà vaseux devient encore plus mou et les arbres se déracinent.

Bref, un problème que personne ne veut sur son terrain. Il y a moyen de voir avec la municipalité, agent de protection de la faune, etc., pour obtenir un permis SEG, mais il sera toujours priorisé de trapper un castor pendant la saison autorisée. Les castors sont très actifs au printemps et à l’automne, pendant l’été ils passent souvent inaperçus. On constate bien souvent les dégâts trop tard et comme ici le problème est sur deux terrains qui n’ont pas le même propriétaire, je ne pourrai pas trapper directement à la hutte. Ça sera plutôt à la passe et avec des leurres olfactifs. On s’adapte à où on peut s’installer. J’ai déjà mon plan en tête pour la journée de l’ouverture du trappage le 25 octobre. Avec un bon leurre et quelques pièges installés aux bons endroits, d’après moi ça ne sera pas très long que je vais avoir des prises.

Il faut voir le positif dans tout. Il se crée véritablement un écosystème lorsque des castors bâtissent un barrage et s’y installent. Grenouilles, oiseaux de différentes espèces et même des canards s’y sont invités. Je vous laisse imaginer comment la chasseuse en moi a réagi!! J’ai déjà 2-3 belles petites chasses de faites à cet endroit en attendant de pouvoir agir j’en profite à fond c’est certain !!

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Ajoutez le texte de votre infobulle ici

Photo récente (au moment d’écrire ces lignes) de la zone inondée par les castors (A)

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L’endroit est bien boisé et attire les canards huppés comme le démontre l’auteure (B)

Si le propriétaire et moi, on s’était dit un jour que je pourrais chasser le canard là, je ne l‘aurais jamais cru! Pourtant si! Un secteur parfait pour le canard branchu (wood duck), il adore les petits marais comme ça. Pour le coyote, c’est une autre histoire, je suis forcée d’admettre que ce secteur sera à oublier pour le début de saison. Certains arbres auxquels des broches sont attachées pour installer mes collets sont dans 2 pieds d’eau donc un coyote n’y circulera pas avant que ça soit bien gelé (fin décembre- janvier). Pour un humain, c’est différent. Notre poids n’est pas du tout réparti de la même manière et eux peuvent circuler sur une très petite couche de glace sans problème. Cependant moi je n’ai pas envie de défoncer dans la glace un peu partout et de risquer de me blesser ou d’avoir des engelures. En forêt les accidents arrivent vite et lorsqu’on est seul même si ce n’est  qu’à quelques km de la maison, il faut y penser et poser les actions en conséquence. La prudence avant tout et surtout dans les étangs à castor. En effet ils creusent des cavités dans le sol donc parfois il y a un trou où on ne s’y attend pas et c’est facile de perdre pied ou de s’enfarger dans une branche dans le fond de l’eau. L’hiver ce sont des endroits qui ne gèlent pas complètement non plus en raison du passage des castors et aux poches d’air sous la glace.

Malgré la situation, les coyotes fréquentent souvent les étangs de castors. Il y a beaucoup de nourriture sur place pour eux, mais les couloirs que j’utilisais ont changé et il sera à moi de tenter de les déjouer à nouveau.

Avant d’être inondé par les castors, le secteur était très fréquenté par les coyotes comme on peut le voir sur la vidéo.

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