Par
Louis Turbide
ÉDITORIAL
CHEVREUIL :
Plus capable des donneurs de leçons
C’est fou comme le temps passe vite. Au début de l’année 2026 j’atteindrai l’âge vénérable de 60 ans. Je n’en reviens pas d’être déjà rendu à cette étape de ma vie et je me considère très chanceux de pouvoir encore pratiquer la chasse avec la même passion et surtout d’être encore en assez bonne santé pour le faire. Je pratique la chasse depuis 47 ans, ayant bien entendu obtenu mon certificat du chasseur à 12 ans soit l’âge minimal pour suivre les cours nécessaires.
Ma première expérience de chasse au chevreuil remonte à 1984. Cette année-là il s’était récolté 13 936 chevreuils pour l’ensemble du territoire québécois. Une statistique qui, aujourd’hui serait jugée comme une année catastrophique voire une population en voie d’extinction. Dans le début des années 1980, la popularité de la chasse à l’arc débutait à peine. La chasse à l’arbalète n’existait pas et rares étaient les chasseurs qui appâtaient. Nous pratiquions la chasse fine, la chasse en battue ou on s’embusquait près d’une passe naturelle dans l’espoir de croiser un chevreuil et avoir une petite chance de récolte. Bien souvent une bonne saison se résumait à avoir vu au loin la queue blanche d’un chevreuil qui se sauvait. Malgré tout, la passion pour cette chasse était au rendez-vous et je rêvais du jour où je récolterais mon premier chevreuil.
Cette fameuse première fois est survenue 6 ans plus tard, soit en 1990. J’avais fabriqué une petite plateforme en bois que j’avais clouée sur un arbre à une douzaine de pieds de hauteur. J’avais appâté mon site avec des pommes ramassées sous quelques pommiers sauvages à proximité de chez moi. À cette époque, je n’avais pas de caméras de surveillance. Je n’avais donc aucune idée de ce qui venait à mes appâts et encore moins quand ces visites survenaient.
Lorsque j’ai vu apparaître mon premier buck, un petit 6 pointes de 1,5 an, mon cœur s’est emballé. C’était le moment que j’attendais depuis des années. Je vois encore la scène et j’entends encore le coup de feu de ma carabine Remington à pompe modèle 7600 que j’avais achetée quelques années auparavant chez Latulipe à Québec. Au coût de 650$, j’avais dû laver la vaisselle dans une brasserie pendant 160 heures pour me la procurer! Imaginez! J’étais aux anges et c’est avec la plus grande fierté que j’avais hissé mon trophée sur le dessus de ma petite voiture blanche, une Suzuki Forsa 1988. Et oui, on faisait encore ça dans ce temps-là et puisque la voiture était petite mon chevreuil paraissait encore plus gros que nature. Sur le chemin du retour à la maison, les gens claxonnaient pour me féliciter. Le sentiment qui m’habitait était incroyable et personne n’aurait même pensé à l’époque briser ce moment si précieux à mes yeux avec des commentaires disgracieux. Après ce premier gros gibier pour moi, j’ai su que je chasserais toute ma vie si bien entendu la santé me le permet. J’avais attrapé la piqure comme on dit. Pourquoi? Simplement parce que j’avais ressenti cette hausse d’adrénaline indescriptible à la vue d’un grand gibier, qui d’ailleurs ne m’a jamais quitté et que les gens étaient simplement heureux pour moi et m’en ont fait part chaleureusement. Tout pour rendre mon activité captivante et valorisante.
Malheureusement aujourd’hui tout est compliqué pour une grande majorité de chasseurs. Quand ce ne sont pas les anti-chasseurs qui nous méprisent sur les réseaux sociaux suite à la publication d’un gibier récolté ce sont d’autres chasseurs qui se croient tout permis et donnent des leçons sur ce qui devrait être récolté ou pas comme si leur opinion était la seule option possible.
Il faut avoir la couenne dure pour ne pas être affecté. Il y a quelques jours un ami a récolté un chevreuil de 4 pointes… Sacrilège! À cause des commentaires stupides qu’il prévoyait avoir à gérer, il n’a pas publié de photo et n’a pas montré la belle séquence vidéo de sa récolte! Pourtant il était très satisfait de sa chasse. Vraiment pathétique! Je trouve cela tellement désolant pour la relève ou pour l’adepte dont la chasse n’est pas une passion démesurée. Dans un cas comme dans l’autre des propos méprisants ou haineux peuvent être suffisants pour que la personne cesse de pratiquer la chasse. Aujourd’hui, il y a tellement d’autres loisirs que quelqu’un puisse faire que ça ne prend pas grand-chose pour perdre un adepte.
Je tiens à préciser que je n’ai aucun problème avec les gens qui font la promotion du RTLB si c’est fait de façon respectueuse. Je suis même pour le RTLB dans la majorité des cas. Mais de grâce passez vos messages positivement et cessez de faire la leçon aux chasseurs qui ne sont pas rendus là dans leur vie ou que ça n’intéresse pas en les ridiculisant suite à une récolte qui ne convient pas à vos standards. Car vos standards ne sont pas nécessairement les standards d’un autre. En novembre, j’aurai le privilège de chasser le chevreuil avec ma conjointe. Elle chasse avec moi pour engranger les beaux moments qu’on passe en nature et pour la qualité de la venaison. Cela a une valeur inestimable pour moi et en aucun temps je ne lui imposerai la moindre restriction quant au choix du chevreuil qu’elle a légalement le droit de récolter. Sa seule présence à mes côtés à la chasse me comble amplement et jamais je ne mettrai en péril cette complicité pour des standards de récolte bien égoïstes si imposés à d’autres que soi. Je vous invite à en faire autant avec tout chasseur qui affiche sa passion quelle que soit la grosseur du gibier qu’il récolte. Chaque adepte est important pour assurer la pérennité de cette activité qui nous tient tant à cœur! Alors cessons de nous discréditer entre nous. Il y a assez des anti-chasseurs qui nous polluent la vie à la moindre occasion!
Notre chasse au chevreuil débutera le 8 novembre prochain et alors que j’attendrai un grand mâle, ma conjointe récoltera le premier mâle qu’elle croisera si elle en a la chance. Si cela se produit, je publierai les photos de son trophée avec une grande fierté car le partage d’un succès fait partie intégrante de cette belle activité! Bonne chasse au chevreuil!