Trois générations, dont un de mes assistants guide, Sébastien, ensemble à la bernache à l’occasion d’une chasse à «l’envers».
BERNACHE
Texte, figures et photos
Michel La Haye*
*L’auteur est guide
de chasse à la sauvagine.
Chasser à l’envers!
Introduction
Le meilleur atout d’un chasseur de bernache est souvent sa capacité de s’adapter aux comportements des oiseaux. En effet, chasser la bernache peut être très enlevant et agréable, mais cette activité risque parfois de devenir cauchemardesque si les bernaches refusent systématiquement de coopérer. Plusieurs chasseurs d’outarde expérimentés savent qu’il n’y a rien à faire quand les premiers groupes ne rentrent pas, car les autres suivent souvent le même patron comportemental. Que faire en pareil cas?
Il faut considérer, dans un ordre précis d’exécution, chacune des composantes indissociables qui composent la chasse à la bernache, soit appelants, appels et caches. Ces trois éléments revêtent une importance équivalente quand on vise les outardes, mais il en va autrement pour d’autres types de chasse à la sauvagine. Par exemple, aux canards plongeurs, l’appel n’est pas un élément aussi important qu’à la bernache (bien qu’utile à certaines occasions), tandis que la disposition des appelants et l’invisibilité des chasseurs sont cruciales.
En général, voici les quatre principaux problèmes rencontrés en chassant les bernaches :
- Les bernaches tournent et s’éloignent de votre installation à la dernière minute malgré vos appels.
PROBLÈME À RÉGLER: vos appels ne conviennent probablement pas.
- Les bernaches survolent les appelants les plus éloignés sans se poser ou changent de cap à environ 80 m de vous pour vous contourner
PROBLÈME À RÉGLER: votre cache est trop visible.
- Les outardes se posent en dehors des appelants ou vous survolent plusieurs fois sans se poser.
PROBLÈME À RÉGLER: les appelants sont sûrement :
– trop serrés les uns contre les autres comme des oiseaux effrayés;
– trop distants compte tenu de la force du vent;
– trop sales ou peu réalistes.
- Les oiseaux tournent autour de vous à basse altitude sans se poser, mais sans se montrer craintives. C’est donc qu’elles n’ont peur ni de vos appels, ni de votre cache, et surtout pas des appelants.
PROBLÈME À RÉGLER: un problème aéronautique empêche probablement les bernaches de bien contrôler leur approche.
Si après toutes ces démarches, vous ignorez toujours ce qui cause le problème, alors en dernier recours vous pouvez essayer de chasser «à l’envers» i.e. par vent de face plutôt que de dos comme la plupart des sauvaginiers le font au champ et sur l’eau.
C’est l’objet de cet article, des détails concernant les autres points vous seront fournis dans de prochaines parutions.
Un peu de technique
Pour chasser à l’envers, deux approches sont possibles:
– vent de face avec les appelants au vent, vous faites alors feu dos aux bernaches (situation 1);
– vent de dos ainsi que les appelants, dans ce cas, vous faites feu sur les bernaches qui viennent vers vous, on dit «tirer à la passe» dans ces conditions (situation 2).
Un bon exemple de la technique de chasse à «l’envers» alors que le couvert disponible pour installer les caches debout était situé à plusieurs centaines de mètres en amont du vent et du lieu de gagnage des bernaches.
Voyons ces deux approches plus en détail. Certains matins, malgré tous vos ajustements, rien ne semble fonctionner. Il existe pourtant une approche simple que vous pouvez tenter. Normalement, dans une installation de chasse à la bernache, les appelants sont en grande partie sous le vent par rapport à la position de tir des chasseurs, surtout avec un vent de dos.
Lorsque le vent a tourné ou que vous n’avez pas le choix de vous installer avec un vent de face, de l’ouest dans le cas de la photo ci-dessus, il faut choisir un plan approprié à cette situation.
Le plan diffère légèrement de celui avec un vent de dos, car l’ensemble des sous-groupes d’appelants est installé de chaque côté de la zone de pose, avec le groupe principal placé au centre en avant et face au vent par rapport à celles-ci (situations 1 et 2 ).
Une autre différence réside dans la présence de groupes plus importants, et non seulement de paires d’appelants de chaque côté et derrière la zone de pose. Ce patron peut aussi être utilisé en fin de saison avec des oiseaux très méfiants. La bordure de la zone de pose vers le vent doit se trouver à au moins 35-40 m de la cache pour que les bernaches puissent faire leur approche finale confortablement, sans arriver trop haut au-dessus des chasseurs.
En ce qui concerne la densité et la distance entre les différents groupes en fonction de la vitesse du vent, les mêmes principes que ceux énoncés avec un vent de dos doivent être respectés.
Bien entendu, la première approche offre des angles de tir plus plats et facilite la chasse, car les bernaches sont complètement prises par surprise et doivent remonter le vent pour esquiver les salves. Dans le deuxième cas, les tirs sont plus difficiles parce qu’au moindre changement de cap, les bernaches s’éloignent rapidement hors de portée et prennent beaucoup d’altitude en peu de temps, ce qui réduit considérablement les bonnes opportunités de tir des chasseurs après le premier coup de feu. Soulignons que dans ce dernier cas, tirer efficacement n’est pas une mince affaire, puisqu’à ce moment elles n’ont pas commencé à ralentir et filent à plus de 30 km/h. Faire mouche dans ces conditions est un vrai défi, car l’angle de tir est étroit et la période où les bernaches sont à portée de tir très courte. Malgré ces difficultés, il est très enivrant de tenter des tirs sur des bernaches se déplaçant aussi rapidement.
Mais encore …
Depuis plus de 38 ans que je chasse la bernache avec l’aide d’appelants, j’ai retiré trois leçons de mon expérience avec les groupes d’oiseaux récalcitrants.
Tout d’abord, on doit toujours s’ajuster immédiatement au comportement des bernaches. Si quelque chose cloche dans votre installation ou s’il existe une source de turbulence près de vous, vous n’obtiendrez aucun résultat si vous ne corrigez pas la situation rapidement. À l’exception de quelques juvéniles perdus et esseulés, aucune bernache n’osera se risquer dans les parages. On oublie trop souvent que pour le gibier, toute erreur peut signifier la mort. Il est absolument normal que des bernaches ayant détecté une anomalie dans votre installation s’éloignent sans demander leur reste.
Deuxièmement, il ne faut jamais hésiter à apporter des changements à l’installation, même si on manque deux ou trois «passes».
J’aime bien le proverbe qui dit: un tien vaut mieux que deux tu l’auras. Selon ce dicton, on ne devrait pas hésiter à laisser passer quelques volées pour apporter des corrections suivant l’une ou l’autre des recommandations précédentes, au risque de ne rien récolter du tout. Vous pouvez vous réjouir que des dizaines de groupes d’oiseaux se dirigent vers votre site de chasse ou vous survolent, mais si aucun n’est intéressé à s’approcher, les résultats feront défaut. Si vous intervenez rapidement sans hésiter pour corriger votre approche, vos probabilités de récolter quelques bernaches sont bien meilleures que si vous demeurez passif sans tenter quoi que ce soit.
Troisièmement, on doit bien observer la réaction des bernaches aux ajustements apportés. À l’inverse des chasseurs qui demeurent trop passifs devant une stratégie de chasse qui ne fonctionne pas, d’autres réagiront comme des poules sans tête et apporteront coup sur coup une dizaine de modifications sans même prendre le temps d’évaluer l’effet obtenu. Prenez le temps, entre vos changements, de bien observer la réaction des oiseaux, et révisez les problèmes présentés et leurs solutions pour comprendre ce qui ne fonctionne toujours pas. Ensuite, apportez de nouvelles corrections si nécessaire.
S’il peut être judicieux de laisser passer deux ou trois volées pour améliorer son approche, il ne faut quand même pas y consacrer trop de temps, sinon tout le contingent du coin risque de vous passer sous le nez sans que vous ayez eu la chance de récolter un seul oiseau! Réagissez de manière ciblée, et avec l’expérience vous saurez assez vite quoi faire pour récolter aisément votre part de bernaches.
Conclusion
Le choix de chasser à «l’envers», comme il en a été question dans cet article, peut être motivé par un manque de couvert sous le vent ou bien parce que les oiseaux sont trop méfiants et dévient de leur trajectoire avant d’être à portée de tir, souvent en aval du plan par rapport au vent. Je dis souvent à la blague que c’est en dessous de ce cul-de-sac qu’il serait le plus efficace d’être à ces occasions. L’approche inversée que je vous propose ici vous offre cette opportunité. Je vous suggère de l’essayer quelquefois volontairement, et non par obligation, pour parfaire votre technique d’installation du plan. Que vous chassiez en cache couchée ou debout, rien ne vaut quelques bons essais pour comprendre cette approche. Sur ce, bonne continuité dans votre saison de chasse.
L’auteur avec un autre beau tableau de chasse réussi avec la technique inversée.